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La Chine fébrile avant le trentième anniversaire de Tiananmen

Défenseurs des droits humains, chrétiens et même maoïstes sont réprimés avant l’anniversaire du mouvement étudiant et du massacre qui s’était ensuivi.

Par Frédéric Lemaître Publié aujourd’hui à 09h54, mis à jour à 09h54

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La police empêche Li Wenzu, Liu Ermin et Wang Qiaoling, les épouses de trois des défenseurs des droits humains arrêtés, d’entrer dans le bâtiment de la Cour suprême chinoise, pour plaider la cause de leurs maris, à Pékin, le 17 décembre 2018.
La police empêche Li Wenzu, Liu Ermin et Wang Qiaoling, les épouses de trois des défenseurs des droits humains arrêtés, d’entrer dans le bâtiment de la Cour suprême chinoise, pour plaider la cause de leurs maris, à Pékin, le 17 décembre 2018. Thomas Peter / REUTERS

Les autorités chinoises ont une nouvelle fois profité de la moindre présence de diplomates et de journalistes occidentaux durant les fêtes de fin d’année pour organiser le procès d’un militant des droits de l’homme. Mercredi 26 décembre s’est tenu à Tianjin, une ville située à environ 120 kilomètres, au sud-est de Pékin, le procès pour « subversion » de Wang Quanzhang. Cet avocat de 42 ans est très connu pour avoir osé défendre des militants politiques, des membres de la secte interdite Falungong et des paysans dépossédés de leurs terres. Il était le dernier d’un groupe d’environ 200 défenseurs des droits humains arrêtés en juillet 2015 à n’avoir encore été ni jugé ni libéré.

« L’affaire comportant des secrets d’Etat, la cour a décidé de ne pas ouvrir le procès au public », a expliqué le tribunal, dont l’accès était bloqué par des dizaines de policiers. Il semble que, dès le début, Wang Quanzhang a refusé l’assistance de son avocat commis d’office. C’est son épouse, Li Wenzu, qui, le 24 décembre, avait révélé la tenue de ce procès, elle-même étant empêchée de quitter son domicile à Pékin par « plus de vingt policiers ».

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Le tribunal a confirmé, mercredi soir, que le procès s’était tenu et que le verdict avait été mis en délibéré. Sans plus de précision. « Wang Quanzhang est persécuté pour avoir pacifiquement défendu les droits de l’homme », a déclaré dans un communiqué Doriane Lau, d’Amnesty International, en rappelant qu’il avait déjà été « détenu plus de trois ans sans que sa famille sache jusqu’à récemment s’il était vivant ». Un an auparavant, le 26 décembre 2017, le même tribunal avait condamné à huit ans de prison l’activiste et blogueur Wu Gan. Et en 2009, c’est le 25 décembre que le dissident Liu Xiaobo, décédé en 2017 d’un cancer, avait été condamné à onze ans de détention.

Flash-mob des maoïstes

Le procès de Wang Quanzhang se déroule alors que les autorités semblent fébriles à l’approche du trentième anniversaire, en juin 2019, des manifestations de Tiananmen. Un signe, parmi d’autres, de cette nervosité : il a fallu attendre le 25 décembre pour que les autorités confirment le décès, le 13 décembre, de Yuan Mu. Porte-parole du gouvernement de 1987 à 1993, Yuan Mu était célèbre pour avoir d’abord indiqué que la répression du mouvement étudiant le 4 juin 1989 n’avait fait aucune victime. Avant d’avancer le chiffre de 300 morts, un bilan sans doute bien inférieur à la réalité. Le nom même de Yuan Mu est, encore ce 27 décembre, censuré sur Weibo, le principal réseau social chinois.

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« La volonté chinoise de censurer les opinions critiques en Afrique a de quoi inquiéter »

Investissements dans les médias, opérations séduction, pressions : pour contrôler son image, Pékin manie le chaud et le froid, décrypte notre chroniqueur.

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Dans les locaux de la chaîne CCTV Africa à Nairobi, la capitale kényane, en juin 2012.

Chronique. « J’ai écrit mon éditorial sur la répression des musulmans ouïgours dans la province chinoise du Xinjiang. Quelques heures après la sortie de l’édition papier contenant mon article, j’ai appris que celui-ci ne serait pas mis en ligne. Le lendemain, ma chronique hebdomadaire était supprimée. » Azad Essa est le premier journaliste en Afrique à subir de plein fouet la censure imposée par la Chine aux médias.

Sa chronique, « Au bout du monde », était publiée chaque semaine depuis septembre 2016 dans des titres appartenant à Independent Media, le deuxième plus grand groupe d’information sud-africain. Une entreprise contrôlée à 20 % par le Fonds de développement Chine-Afrique (CAD Fund) et la société de diffusion China International Television Corporation (CITVC).

« Dans une démocratie comme l’Afrique du Sud, il n’est pas acceptable que la ligne éditoriale d’un média dépende de la nationalité de ses investisseurs,dénonce Cédric Alviani, directeur du bureau Asie de l’Est de Reporters sans frontières (RSF). Cet exemple reflète l’influence croissante exercée par Pékin hors de ses frontières et qui vise à imposer un nouvel ordre médiatique mondial, dont l’éthique journalistique et le droit des citoyens à l’information seraient exclus. »

« Nous ne sommes pas des marionnettes »

L’affaire concerne cette fois un journaliste, mais elle n’est pas le seul exemple de cette volonté de contrôler son image. Le 29 septembre, un professeur de droit, Patrick Loch Otieno Lumumba, s’est ainsi vu refuserl’entrée en Zambie, un pays extrêmement dépendant des prêts chinois. Le Kényan, dont les positions très critiques sont connues, était invité à s’exprimer lors d’une conférence sur l’influence de la Chine en Afrique, mais il a été bloqué à l’aéroport et renvoyé à Nairobi « pour raisons de sécurité ».

En Namibie, à l’approche du sommet Chine-Afrique de septembre, l’ambassadeur Zhang Yiming a demandé publiquement au président Hage Geingob de manifester plus d’enthousiasme vis-à-vis de Pékin et d’affirmer un « soutien politique fort » dans son discours lors de cet événement diplomatique. « Vous ne devriez pas nous dire ce que nous devons faire, lui a répondu le chef d’Etat. Nous ne sommes pas des marionnettes. »

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En Afrique du Sud encore, l’universitaire Anthony Ross s’est vu refuser un visa pour la Chine, ses cours étant jugés trop critiques : « On m’a dit que je m’attachais trop aux problèmes de Taïwan, du Tibet, du Xinjiang et à la Révolution culturelle. » Le consulat aurait affirmé au directeur du Centre d’études chinoises de l’université de Stellenbosch qu’il ne pourrait plus se rendre dans le pays tant que ses cours ne mettraient pas davantage en lumière les succès de la « Nouvelle Chine ». Pour Anthony Ross, l’empire du Milieu demande de plus en plus aux Africains de le représenter d’« une certaine manière ».

Cette propagande est plus ou moins douce. Elle peut prendre la forme d’investissements – et l’on sait que Pékin a les poches profondes. Le groupe chinois StarTimes, qui distribue déjà ses programmes sur les réseaux câblés du continent, est par exemple devenu récemment l’actionnaire majoritaire du fournisseur sud-africain d’accès satellite TopTV. Au Sénégal, le quotidien national Le Soleil distribue gratuitement le magazine Chinafrique du groupe d’Etat Beijing Review. Et même en Europe, selon une enquête de Bloomberg News, la Chine aurait investi ces dix dernières années près de 3 milliards de dollars (2,4 milliards d’euros) en prises de participations dans divers médias.

La chaîne CGTN Africa a installé ses studios au Kenya et inonde le continent depuis 2012 de ses informations largement inspirées de la propagande des médias officiels chinois. Sans compter l’agence de presse Chine nouvelle (Xinhua), forte de 7 000 employés dans le monde, qui s’appuie sur deux bureaux régionaux implantés au Caire et à Nairobi, et sur des correspondants dans tous les pays d’Afrique. Ses dépêches sont proposées gratuitement aux médias du continent, offrant ainsi une autre voix que celle des grandes agences occidentales.

Cours de mandarin et de marxisme

La pluralité des médias et des opinions est une bonne chose pour l’Afrique, et l’on comprend que la Chine ne s’estime pas forcément bien servie par la presse occidentale. Mais cette volonté un peu trop pressante de censurerles opinions critiques a de quoi inquiéter.

Pour quelqu’un qui vit en Chine, les médias d’Etat sont d’une triste uniformité. Le chef de l’Etat fait quotidiennement les gros titres, le manque d’esprit critique est criant. Les grandes chaînes d’information ne sont visibles que dans certains hôtels, et sur Internet la censure bloque aussi bien les sites du New York Times, de Radio France internationale (RFI) ou encore du Monde que des moteurs de recherche comme Google.

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Plus insidieux, peut-être, ces « groupes d’étude » organisés par le ministère chinois des affaires étrangères. Lancés en 2015, ils proposent des voyages en Chine tous frais payés, sous l’étiquette de « formations », à un millier de journalistes africains chaque année. De retour récemment d’un reportage dans la ville de Yiwu, au sud de Shanghaï, j’ai ainsi croisé par hasard dans l’avion qui me ramenait à Pékin un groupe de vingt Zimbabwéens achevant un séjour d’un mois dans le pays. Une journaliste (qui préfère ne pas donnerson nom) m’en a détaillé le programme : visite des zones économiques spéciales de Yiwu puis des télévisions locales et, surtout, exposé sur la puissance économique chinoise, apprentissage du mandarin et cours de marxisme. Pas un seul jour de repos dans ce cursus d’un mois, mais une enveloppe de 400 dollars remise à chaque participant pour ses frais alors que l’hébergement, le transport et la nourriture étaient pris en charge.

Les journalistes – dont c’était, pour la plupart, la première visite dans le pays – en sortent séduits par l’avance technologique de la deuxième puissance économique mondiale, mais ont-ils pour autant compris la Chinafrique ? Non. La jeune journaliste m’expliquait combien les Chinois avaient du mal à communiquer en anglais, à s’ouvrir à la diversité des cultures africaines et à expliquer leur politique sur le continent.

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Alors que manque-t-il vraiment à cette Chinafrique ? Ni l’argent, ni l’ambition. Mais peut-être la volonté de partager plutôt que d’imposer sa marque. Aucun réfugié africain n’a été accueilli par l’empire du Milieu alors que même son voisin japonais, pourtant très fermé aux étrangers, en reçoit quelques dizaines chaque année. Les visas sont de plus en plus difficiles à obtenir pour les ressortissants du continent qui ne passent pas par les programmes officiels d’échanges ou par une bourse universitaire. Et les jeunes qui en ont bénéficié repartent finalement dans leur pays avec l’image d’une Chine certes généreuse mais fermée, hermétique aux influences étrangères.

« Là-bas, on vient encore me toucher la peau pour savoir si je suis vraiment noire », me raconte cette jeune Zimbabwéenne. Voilà qui en dit long sur la distance qui sépare encore beaucoup de Chinois de l’Afrique, et qui semble se mesurer en années-lumière. Le soft power de Pékin avance certes à plein régime, mais il semble manquer son but.

Sébastien Le Belzic est installé en Chine depuis 2007. Il dirige le site Chinafrica.info, un magazine sur la « Chinafrique » et les économies émergentes.

China's President Xi Jinping (front) gives a speech during the opening ceremony of the Forum on China-Africa Cooperation at the Great Hall of the People in Beijing on September 3, 2018.
President Xi Jinping told African leaders on September 3 that China's investments on the continent have "no political strings attached", pledging $60 billion in new development financing, even as Beijing is increasingly criticised over its debt-heavy projects abroad. / AFP PHOTO / POOL / MADOKA IKEGAMI

La Chine s’éloigne de la RDC

Le Francophoneplus, 06 septembre 2018
Par Jean Bonsenge

Du 3 au 4 septembre plusieurs chefs d’État Africains et leurs conjoints ont eu l’honneur d’être accueillis à Pékin par leur homologue chinois Xi Jinping dans le cadre du 7e Forum sur la Coopération Sino-africaine (Focac). Pour des raisons non encore élucidées, les chefs d’État du Swaziland et de la RDC n’ont pas effectué le déplacement de Pékin, pour assister à ce 3e Sommet. D’autres sources épiloguent sur des petits malaises diplomatiques concernant la République démocratique du Congo, qui s’est contentée d’envoyer un délégué. Il sied de rappeler qu’au mois de juillet dernier le président chinois avait effectué sa 4e tournée africaine en passant par Dakar, Johannesburg, Port-Louis et Kigali sans passer par Kinshasa. L’homme fort de l’Empire du Milieu avait consacré son mini-périple africain sur le développement de son leadership politique et stratégique. Il y a 5 ans, Mr Xi avait visité le Congo-Brazzaville, l’Afrique du Sud, et la Tanzanie, pour déclencher son processus du développement sino-africain, sans visiter Kinshasa. On note tout de même que, en dépit de ne pas être au menu d’une visite de la direction du pouvoir chinois, la RDC a quand-même bénéficié d’un financement à hauteur de 9 milliards de dollars en 2007. Le délégué de la RDC au 7e Focas devait solliciter auprès de la Chine le financement du barrage du Grand Inga, rapporte jeuneafrique.com. L’éloignement de plus en plus de la Chine de la RDC empiète la politique extérieure et la RDC devra revoir ses tires, à moins qu’elle table sur sa souveraineté, son émancipation et sa fierté nationale.

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